11 août 2009

Regards palestiniens V à la Cinémathèque québécoise

Militantes et combattantes
Femmes arabes dans la résistance
(Regards palestiniens 5e édition)
21 au 30 octobre 2009, Cinémathèque québécoise

Quelles sont les conditions historiques qui poussent les femmes à rejoindre des mouvements politiques ou sociaux, à s’engager dans les luttes de libération, à s’incorporer aux rangs de la résistance, parfois à titre de dirigeantes, bousculant du coup les représentations qui renforcent les notions réductrices de la place de la femme dans la société?

Ce programme de documentaires enracinés dans l’histoire récente du Proche-Orient et du Maghreb explore ces questions. À travers leurs récits et leurs conversations, des femmes de la Palestine, d’Égypte, d’Algérie et du Liban, évoquent leur engagement politique, nous font partager les traumatismes qu’elles ont vécus et nous parlent de l’amour qu’elles portent à leurs pays, à la liberté et à la dignité humaine.

Celles qui vivent au coeur de révolutions et des guerres se joignent aux hommes pour combattre le féodalisme, l’assujettissement, le colonialisme. Elles ont vécu les invasions et les bombardements, fait face aux forces militaires d’occupation, subi la dépossession de leurs terres, maisons et biens, vécu l’expérience de l’exil. Elles ont perdu pères, frères, maris et enfants: emprisonnés, disparus, assassinés ou morts au combat.

Tout comme “La Bataille d’Alger” (Pontecorvo, 1966) révélait le rôle crucial joué par les femmes dans la lutte de libération nationale, ces films retracent le parcours de femmes arabes impliquées dans les luttes sociales, politiques et même armées. Elles ont vécu l’expérience de la prison, se sont exposées à la mort et à la torture. Certaines ont posé des actes qui peuvent nous paraître troublants mais qui suivent une logique de guerre émanant d’un contexte colonial: la violence comme riposte à celle du colonialisme.

Le cinéma sait éclairer la vie de façon différente, nous faire glisser dans la peau des autres, nous encourager à adopter une autre perspective et à questionner la hiérarchie des valeurs morales de notre société. Qu’est-ce qui est plus monstrueux? L’injustice structurelle, ou les individus qui brisent la loi pour mettre fin à l’injustice?


PROGRAMMATION DE LA CINQUIÈME ÉDITION:

Mercredi 21 octobre

18 h 30 Claude-Jutra
Quatre femmes d'Égypte
Réal. : Tahani Rached [Qué., 1997, 90 min, VOSTF]
Amina, Safynaz, Shahenda et Wedad sont des amies de longue date. Malgré des différences religieuses, culturelles et politiques, elles se sont rencontrées dans un même combat pour la justice sociale. Elles posent un regard sans complaisance sur leur passé de militantes qui couvre près de 40 ans de l’histoire de l’Égypte. « Ce film ne parle pas de la situation des femmes en Égypte, mais de l’Égypte à travers leurs expériences, de leur capacité à conserver leurs liens, à perpétuer le dialogue et la tolérance, malgré des trajectoires totalement différentes. » (T. Rached)
http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=33379

Jeudi 22 octobre

20 h 30 Claude-Jutra
KHIAM 2000-2007
Réal. : Khalil Joreige, Joana Hadjithomas [Liban, 2008, 103 min, VOSTF]
« En 1999, alors que le sud du Liban est encore occupé par l'armée israélienne, nous n'avons aucune image du camp de détention de Khiam. Nous rencontrons six détenus récemment libérés pour évoquer l'expérience de la détention, le rapport qu'ils ont développé au travail artistique et nous interroger sur les modes de représentation. Le camp est libéré en mai 2000 et transformé en musée. Lors de la guerre de juillet 2006, le camp de Khiam a été complètement détruit. Il est question aujourd'hui de le reconstruire à l'identique. Huit ans plus tard, nous avons retrouvé les six détenus que nous avions filmés en 1999 pour évoquer avec eux la libération puis la destruction du camp, la mémoire, l'Histoire, la reconstitution et le pouvoir de l'image. » (K. Joreige, J. Hadjithomas, 2009)
http://www.hadjithomasjoreige.com

Mercredi 28 octobre

19 h Fernand-Seguin
Jamila's Mirror
Réal. : Arab Lotfi [Ég.-G.-B., 1993, 26 min, VOSTA]
À l'exemple de Jamila Bouhired du FLN algérien, de nombreuses femmes palestiniennes s'engagent dans la lutte armée suivant l'occupation de la Palestine en 1967. Elles participeront à des détournements d'avion, des poses de bombe et à l'organisation d'opérations pour l'OLP. À travers le témoignage de quatre d'entre elles, la réalisatrice libano-égyptienne Arab Lotfi s'interroge sur le sens de leurs actions dans le contexte du Moyen-Orient des années 1970.
http://ftvdb.bfi.org.uk/sift/title/488329

SUIVI DE

Les Porteuses de feu
Réal. : Faouzia Fekiri [Fr., 2007, 52 min, VOSTF]
Alger 1957. Une trentaine de jeunes femmes se rallient au FLN. Espionnes, combattantes ou sympathisantes, elles participent en plein à la guerre pour l'indépendance de l'Algérie. Cinquante ans plus tard, la journaliste algérienne Faouzia Fekiri rencontre huit d'entre elles. Une analyse très personnelle d'un pan délicat de l'histoire algérienne.
http://www.algeriades.com/news/previews/article1872.htm
http://www.europeimages.com/fr/programmes/4603-porteuses-de-feu-les/

Jeudi 29 octobre

19 h Fernand-Seguin
Tell Your Tale Little Bird
Réal. : Arab Lotfi [Ég., 2003, 90 min, VOSTA]
Entrevues de sept femmes engagées dans la lutte armée en Palestine dans les années 1960 et 1970. Laila Khaled, Terez Halasa, et Ameena Dahbour ont été impliquées dans des détournements d'avion. Rasheeda Obeida, Aisha Odeh, et Rasmeya Odeh ont été accusées d'avoir placé une bombe dans un supermarché de Jérusalem. Du passage à l'acte à la prison et à la torture, leurs parcours questionnent les limites de l'engagement et de la justice.

21 h Fernand-Seguin
First Picture
Réal. : Akram Al Ashqar [Pal., 2006, 27 min, VOSTA]
Le petit Nour est né dans une prison israélienne où sa mère Manal Ghanem, du camp de réfugiés de Tulkarm, est détenue. Le film suit Nour alors qu’à deux ans et demi, séparé de sa mère toujours emprisonnée, il quitte la prison pour la première fois. Une nouvelle réalité s’offre à lui, où les portes peuvent être ouvertes et qui n’est pas seulement peuplée de femmes. Pourtant, la cellule de sa mère, seul monde qu’il ait connu, lui manque.
http://www.artsmedia.ps/en/?page=akram

SUIVI DE

Take Me Home
Réal. : Mais Darwazah [G.-B., 2008, 54 min, VOSTA]
Dans ce documentaire à la première personne, la cinéaste Mais Darwazah, Palestinienne de Jordanie, part rendre visite à sa grand-mère et à sa grand-tante installées en Syrie. À travers ce voyage se posent les questions de l'appartenance et de l'identité, et du passage entre les générations dans le contexte de la diaspora palestinienne.
http://bostonpalestine.bside.com/2009/films/takemehome_bostonpalestine2009

Vendredi 30 octobre

19 h Fernand-Seguin
Women’s Testimonies of the Nakba
Réal. : Raneen Geries [Pal.-Is., 2006, 10 min, VOSTA]
Ce court documentaire présente les témoignages de cinq Palestiniennes sur les évènements de 1948. Elles évoquent leur vie en milieu rural avant, pendant et après la création d'Israël, contribuant à une meilleure connaissance du rôle vital des femmes dans la Palestine de l’époque.
http://www.zochrot.org

SUIVI DE

A Night at Home
Réal. : Rehab Nazzal [Can., 2006, 4 min, VOA]
La réalisatrice, sa mère et son fils écoutent les bruits de fusillade qui entourent leur maison dans la nuit.
http://www.canada.com/ottawacitizen/news/arts/story.html?id=e3677a1e-0b32-4d5b-a58c-2cbb2c088412

SUIVI DE

Women in Struggle
Réal. : Buthina Canaan Khoury [Pal., 2004, 56 min, VOSTA]
{Women in Struggle} présente les témoignages de quatre ex-détenues palestiniennes. Chacune a été impliquée dans la lutte pour la reconnaissance de la Palestine dans les années 1970, mais leurs crimes diffèrent grandement; l’une a été arrêtée dans une manifestation pacifiste alors que les autres ont participé à des tentatives d’attentat. Attentive à leur témoignage, la réalisatrice Buthina Canaan Khoury se concentre sur l'expérience de la prison et de la torture, et la vie possible après, dans le contexte de la Palestine contemporaine.
http://www.womeninstruggle.com
http://www.bladi.net/forum/154731-femmes-lutte-buthina-canaan-khoury/

Les dix documentaires nous éclairent sur les réalités vécues par les femmes arabes d’une manière différente de celle à laquelle nous sommes quotidiennement exposé.e.s au travers des médias de masse qui eux, nous en donne une représentation monolithique et le plus souvent tronquée.


Des femmes, par leurs voix puissantes et porteuses d’espoir, se révèlent à nous. Il y a une authenticité violente dans leurs dires. Elles expriment leurs vécus dans des mots tantôt durs et graves, tantôt tendres, sensuels et drôles. Elles brisent les idées préconçues, les clichés et les préjugés. Elles bousculent les images par lesquelles elles sont généralement caractérisées dans différents espaces discursifs en Occident. Ce faisant, elles nous invitent à porter un regard autre sur elles, à questionner les représentations sociales le plus souvent réductrices et dévalorisantes projetées d’elles, de leurs peuples et de leurs sociétés, à questionner le rapport de force et de pouvoir qui découle de l’occupation et de la colonisation et qui les amène à prendre le maquis, à s’engager dans la lutte contre l’occupation et à mettre au point diverses stratégies de résistance. Bref, à combattre pour défendre leurs identités et recouvrer leur dignité humaine.